Les grandes traversées avec Marie Christine Bernard
Il venait tout juste d’arriver à la librairie, Monsieur Julot. Il m’attendait comme si nous avions pris rendez-vous. L’écriture sous forme épistolaire m’a attirée.
Véronique Février écrit à monsieur Julot, un pas vraiment parfait inconnu mais presque. Véronique est hospitalisée, suit des traitements de chimiothérapie, se mêle des histoires des autres et écrit des lettres. Le ton intime de la correspondance, la force vive des émotions et l’humour rebondissent farouchement entre les fissures du tragique. Monsieur Julot me sacre une inconditionnelle de l’œuvre de Marie Christine.
J’ai dû attendre deux ans avant que ne réapparaisse l’écrivaine avec Mademoiselle Personne. L’auteure s’est transposée en milieu maritime. Tiraillée entre la terre ferme et le grand large, entre le calme et la tempête, j’ai éprouvé avec les personnages, le dangereux tangage des émotions fortes. Certains sont accrochés aux rêves, aux falaises et aux passions, sont aspirés par l’appel de la mer et de l’amour. D’autres tâtonnent à travers l’horizon flou de leurs préjugés et leur aveuglement. Bref, dans Mademoiselle Personne, Marie Christine Bernard se fait capitaine au long cours, manœuvre le gouvernail littéraire avec style, sillonne les intrigues et met le cap sur un récit qui nous garde en haleine.
Le petit dernier Sombre Peuple, un recueil de nouvelles publié en 2010 met en scène des marginaux sous treize levers de rideaux. Treize histoires plongent dans le drame ou la comédie sur fonds fictifs, historiques ou légendaires.
Préférant me dérider avec les histoires mirobolantes plutôt qu’avec une crème hydratante, je me suis payé une heure de pure folie délinquante avec Les Mésaventures de Grosspafine. Ça donne le goût de laisser tomber quelques bonnes manières qu’on porte en trop.
L’écriture de Marie Christine Bernard renifle ce vent de liberté qui vient du large. À chacun d’y accueillir une littérature qui risque de faire des vagues mais assure de mener le lecteur à bon port. L’auteure vient d’obtenir le prix France Québec pour Mademoiselle Personne.
Alvina Lévesque